Quand la nature nous oblige à repenser notre gouvernance > Est-il déjà minuit ?

Est-il déjà minuit ? (Repris de « Il est minuit Dr Schweitzer »)

Chaque été apporte son lot de communiqués : sécheresse, températures record des rivières, poissons en souffrance, restrictions de pêche, appels à économiser l’eau. Les autorités et les associations font ce qu’elles peuvent pour limiter les dégâts. C’est bien mais est-ce suffisant ?

Mais une question nous revient sans cesse à l’esprit : Est-il déjà minuit ?

Cette expression rappelle qu’il arrive un moment où l’on se demande si l’on n’a pas trop attendu avant d’agir.

Les cours d’eau ne sont pourtant pas le problème. Ils en sont le symptôme.

Comme la fièvre n’est pas la maladie, une rivière qui s’assèche ou se réchauffe nous révèle un déséquilibre beaucoup plus profond : le changement climatique, la disparition des glaciers, l’imperméabilisation des sols, certaines pratiques agricoles, l’urbanisation, notre consommation d’énergie, nos transports, notre manière d’occuper le territoire.

Lorsque les poissons meurent, le problème a débuté bien en amont.

En tant que pêcheur, j’observe avec mes collègues les rivières depuis de nombreuses années. On y voit des changements qui dépassent largement le seul monde de la pêche. Les débits diminuent, les températures augmentent, certaines espèces deviennent plus rares, de nouvelles parfois invasives font leur apparition. Ce que vivent les poissons aujourd’hui annonce souvent ce que connaîtront demain d’autres écosystèmes, puis nos sociétés.

Pourquoi avons-nous tant de peine à aborder ces questions dans leur globalité ?

Dans l’industrie, dans la qualité ou dans la gestion des risques, on commence généralement par analyser un système dans son ensemble. On identifie les causes, leurs interactions, les responsabilités, les priorités. Les normes ISO parlent d’approche par processus, d’amélioration continue, d’analyse des risques.

Pourquoi ne pas appliquer cette logique à la gestion de l’eau ?

Il faudrait une réflexion coordonnée entre la Confédération, les cantons et les communes, associant scientifiques, agriculteurs, urbanistes, énergéticiens, pêcheurs, forestiers et citoyens. Une gouvernance à la fois verticale et horizontale, où chacun apporte sa compétence tout en poursuivant un objectif commun.

Passons d’une micro-vision à une macro-vision offrant une vue d’ensemble permettant de mieux fixer les priorités dans une approche 20/80 conciliant le développement économique avec le développement environnemental.

Nous continuerons évidemment à prendre des mesures d’urgence. Elles resteront indispensables.

Mais elles ne devraient plus être notre principal but.

La véritable réussite ne sera pas d’organiser chaque été des plans de sauvetage des poissons. Elle sera de faire en sorte que ces plans deviennent de moins en moins nécessaires.

Alors, est-il déjà minuit ?

Peut-être.

Mais tant que l’horloge n’a pas cessé de tourner, nous pouvons encore choisir ce que nous ferons des heures qui nous restent.

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